Départ pour Kirsanov |
l'hopital en 2010 photo Yves Scheeg |
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Renseignements notés par CHARLES BOHNERT début 1945
Pendant ce temps au camp la mort continuée son travail
Le jeune charles se souvient de ce jour ou il fut comme bien d'autres de cette baraque la 22 la Morgue là les corps des camarades étaient entreposés nus avec un simple numéro a la peinture ou autre moyen de reconnaissance .En hiver pas question de creuser pour enterrer les corps alors les corps nus et décharnés étaient empilés les uns sur les autres ,c'était la mort dans toute son horreur .
Texte et souvenir de charles BOHNERT
Mai 1945
Un souvenir est comme une image qui peut faire mal. Un soir, dans baraque, se trouvait un
jeune Alsacien. Dans ses yeux se lisait toute la joie de vivre et de croire à ce que l'on avait
promis certains jours. La misère était comme une larme posée sur son visage. Il avait fait partie
de ceux qui avaient fait un autre choix. Il m'a regardé comme pour me demander pardon. Il
n'avait pas 20 ans et portait le même uniforme que moi. Il m'a souri. Il était seul comme une
"merde" à personne ne pardonnera, car il avait construit son monde à travers les mots et les
paroles des hommes appelés "dirigeants". Il m'a parlé avec les mots qu'un copain dit à un
autre copain. Le soir commençait à tomber sur Tambow. On pouvait entendre le chant des
oiseaux comme un rappel à la vie. Dans un coin, un homme pleurait.
Les hommes rentrés des corvées ne le regardaient pas, d'autres avaient le regard vide, comme
s'ils attendaient leur tour. Je lui tenais la main, sur ce grabat de bois usées par les larmes, par
le sang, par les marques du temps qui passe. Il a fermé les yeux comme un enfant peut le faire
et me serrait avec la force du départ, puis, sans un mot, comme une étoile qui s'éteint, il est
mort. En regardant les autres, j'ai compris que le mot pardon ne faisait pas partie de leur
vocabulaire ... Alors j'ai accompagné ce jeune pour son dernier voyage, pardonnant l'injustice
des hommes. l'aurais pu être celui-là, couché là, seul avec moi-même et mes vérités.
Puis un autre est venu prés de moi et m'a souri. Nous avons dévêtu ce corps sans vie. Il n'y
avait pas plus de dix mètres qui nous séparaient de la porte. En nous voyant porter le corps
certains souriaient, d'autres nous traitaient de collabos ou de sales nazis. Nous ne les
écoutions pas. Nous avons déposé le corps à l'entrée en gardant dans nos yeux ce regard
d'enfant usée par la vie. En revenant vers sa couche, nous avons découvert la face cachée de
certains : il ne restaient plus rien de ces affaires, tout avait disparu, même la vielle boite de
conserve servant de gamelle ... Triste humanité.
Dans les années 60, j'ai rencontré un homme à Bordeaux sur le stand de la Légion. Il avait mon
âge. Un regard a suffit pour comprendre bien des choses. Nous avons retrouvé certains mots
d'autrefois. Il avait fait du chemin depuis les plaines blanches de Russie aux rizières
d'Indochine pour rejoindre les oueds des Aurès ... Il était devant moi, cet Alsacien qui avait
ainsi lavé son passé dans l'armée allemande ...
Charles Bohnert
LA MORGUE BARAQUE 22 OU 112 POU LA QUARANTAINE ( Jean Thuet )
La morgue baraque 22 ( dessin de Jean) |
L' ultime repos (dessin de CL Buret ) |
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Chaque drame est particulier il fait parti de chacun des Alsaciens et Mosellans internés à Tampov ou dans d'autres camps .
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